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Rencontres


2018-11-17 RENCONTRE AVEC MARYSE VUILLERMET

Le samedi 17 novembre à 18 heures, la bibliothèque accueillera Maryse Vuillermet.

 

L'occasion est la publication, en 2016, d'un livre que nous avons aimé : Frontaliers pendulaires, les ouvriers du temps. Il s'agit d'un récit sur ces frontaliers qui partent chaque matin travailler en Suisse et reviennent en France chaque soir. L'auteur a enquêté pour savoir : qui sont ces hommes, ces femmes, aux visages endormis du matin et fatigués du soir, ces êtres d’un perpétuel entre-deux dont la vie bascule deux fois par jour, ici, la route, la montagne, la frontière, là-bas, et le soir en sens inverse et le lendemain encore et les autres jours, la vie entière ?

 

Maryse Vuillermet est déjà venue à Fleury, en 2015, pour présenter un autre récit,  Pars, travaille ! publié par le même éditeur (La rumeur libre) dans lequel la narratrice reconstituait l'histoire d'une famille disloquée par les migrations. Un souci constant semble parcourir cette œuvre : l'attention aux déplacements de ceux que la nécessité de travailler pour vivre ne cesse de disperser.

Un jour au musée avec les Bidochon


A sauts et à gambades

 

 

 

 

 

À la bibliothèque, le printemps sera poétique


Bêtes de textes

 

FLEURY-LA-MONTAGNE

 

Même les auteurs primés et connus peuvent s’engager

 

C’est bien la première fois que la bibliothèque accueillait près de 100 personnes à l’occasion de l’une de ses manifestations. Il a d’ailleurs fallu traverser la cour et s’installer à la salle familiale. Vendredi soir, l’Iguerandaise Danièle Miguet, conservatrice du Musée de Charlieu, engagée pour la cause animale, donne lecture de textes les concernant. Sur une corde tendue derrière elle, Danièle avait accroché 14 cartons avec des noms d’animaux.

 

Le public réclame tel ou tel animal. Elle décroche le carton, le retourne, donne le nom de l’auteur et celui du roman d’où est extrait le passage qu’elle va lire. Avant de commencer, elle dit quelques mots sur l’auteur. Pour son intervention, elle opte surtout pour des textes durs comme ceux concernant la corrida, la chasse, l’élevage de cochons ou la pêche au requin. Cette nouvelle initiative de la bibliothèque a obtenu tous les suffrages des personnes présentes. Comme chaque fois, elle s’est terminée par un buffet d’un raffinement et d’une inventivité absolus préparé par les bénévoles

 

Fabienne Croze

 

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IGUERANDE

Elle soutient la cause animale… et les bibliothèques !

La conservatrice du Musée de Charlieu, Danièle Miguet, est née à Lyon. Avec bonheur, elle a retrouvé ses racines dans la région. Ses grands-parents maternels étaient de Lugny-Les-Charolles et du hameau d'«En Soleil», à Dyo. Son arrière-grand-père de Lugny était charron dans une maison qui fut celle des vacances pour Danièle. Son arrière-grand-mère de Dyo, jeune veuve avec 7 enfants, lavait le linge des riches fermiers voisins, poussant ses brouettes en bois chargées de lourds draps mouillés.

Elle a grandi à Lyon dans le quartier populaire -et même campagnard- de Vaise. Là se dévoilent l’amour du patrimoine et l’envie viscérale de le défendre. "J’ai assisté à la destruction des anciennes fermes nous entourant pour construire les barres d’immeubles de La Duchère. J’avais 5 ans. Un bulldozer a écrasé mon lapin en peluche ! Nos parents nous ont transmis l’amour des animaux. En guise de morale, ma mère inventait les histoires du chat Kiki Minou qui montrait ce qu’il fallait faire ou ne pas faire! J'ai poursuivi avec mes deux enfants. L’amour de la littérature, je l’ai acquis seule et concrétisé par un doctorat de lettres. Comme je suis une militante dans l’âme, je suis membre d’une douzaine d’associations dont la SPA - à laquelle déjà mes parents adhéraient- 30 Millions d’amis, Le Grand Refuge -consacré aux chevaux en détresse-, L 214, PETA, CIWF, l'ASPAS… mais adhérer ne suffit pas, il faut aussi s'impliquer si on le peut : j’ai un chien et quatre chats, tous récupérés. Avec Thierry, mon compagnon, nous promenons régulièrement les chiens de la SPA".

"Cet intérêt pour les animaux m'a donné l'idée de les chercher au détour des pages de romans dont ils n'étaient pas forcément le sujet principal et d'en constituer, au fil de mes lectures, une petite galerie. C'est le résultat de ce travail, mené pendant deux ans, que je présenterai à la Bibliothèque de Fleury-la-Montagne. Je suis contente d'intervenir dans ce lieu très chaleureux qui organise régulièrement des expositions de grande qualité … C’est aussi pour moi l'occasion d'exprimer mon attachement aux bibliothèques car je leur dois beaucoup !"

Fabienne Croze

 

conférence de Mireille Piarotas : « La femme fatale »

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le vendredi 24 mars :

 

conférence de Mireille Piarotas : « La femme fatale »

 

 

Le mythe récurrent de la « femme fatale »

 

La Femme, c’est bien connu, est une redoutable créature. L’une de ses images les plus inquiétantes est celle de la « femme fatale », porteuse de ruine et de mort.

 

Présente dans la Bible, la mythologie gréco-romaine, dans les contes et les légendes, elle connaîtra un regain d’intérêt et une riche postérité au XIXe siècle dans les domaines littéraire et pictural, puis au XXe siècle avec le développement du cinéma et des médias.

 

Quels sont les attributs de cette « femme fatale », qui sont ses « victimes », comment agit-elle ?... Toujours fascinante et mortifère, elle revêt, selon les époques et les contextes, de multiples visages : du monstre anthropophage à la courtisane, de la sirène à la « vamp » ou à la superwoman... Versant « noir » de la femme, elle est souvent associée à son double lumineux : la pure jeune fille destinée à une maternité radieuse, opposition qui trouvera son apogée dans les romans sentimentaux de Delly.

 

De nos jours, le thème connaît à la fois un essor et un affadissement. Toute femme serait-elle ou se voudrait-elle « femme fatale » ? Que reste-t-il alors de la formidable puissance du mythe ?

 

Mireille Piarotas

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VOYAGE EN SOL MAJEUR

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Voyage en Sol Majeur à la bibliothèque .

 

 

La salle familiale affichait complet samedi pour assister à la projection du film documentaire «  Voyage en sol majeur » en présence du réalisateur Georgi Lazarevski.

Dans le cadre des nombreuses animations assurées par la bibliothèque de Saône et Loire , Fleury avait été choisi  pour accueillir  cet évènement , en présence de Jérôme Triaud directeur de la BDSL et des élus du conseil départemental.

Le public fût séduit et unanime sur la sensibilité, l’émotion suscitées par ce film . Georgi  a filmé avec beaucoup de pudeur son grand père Aimé , agé de 91 ans lors d’un voyage au maroc ou ce dernier revèle sa vie de musicien , ses frustations , l’incompréhension ,une sorte de harcèlement dont il était la victime consentante et surtout ,il n’a jamais oser !

Alice , sa femme  fait l’objet  d’une mise en scène remarquable  …

La soirée se termina fort tard ,suite à  de nombreux échanges avec le réalisateur très disponible ,commentant les nombreuses anecdotes du tournage …

.Les élus départementaux ,l’équipe technique de la BdP ainsi que Georgi Lazarevski ont beaucoup apprécié l’accueil qui leur a été réservé … !


« Voyage en sol majeur »

un film de Georgi Lazarevski

 

 

 

Au départ, je n’étais pas partante. Je n’avais pas envie d’accompagner le

réalisateur et son grand-père au Maroc, j’avais envie de faire comme la

grand-mère, rester dans un fauteuil à écouter de la musique : je me disais

bien qu’il avait l’air sympathique ce grand-père mais qu’est ce qui pourrait

bien surgir de ce voyage?

Et puis, finalement, très vite, j’ai compris que le film allait nous

raconter autre chose. Bien sûr, on allait traverser la Méditerranée, le

désert et les oasis, mais une autre histoire en même temps allait nous être

contée. Et c’est à ce moment-là que le plaisir a commencé à poindre, un des

plus grands plaisirs que nous offre le cinéma : quand en nous racontant une

histoire toute simple, un film nous emmène aux confins de ce qui nous habite

intimement, de ce qui est indicible et pourtant toujours là, en chacun de

nous, propre à la condition humaine.

Ce film, peu à peu, avec une écriture d’une grande liberté (il a été produit

en toute indépendance sans télévision et, au départ même, sans producteur )

nous invite à un voyage intérieur, à un voyage initiatique vers la fin de la

vie, à une réflexion sur la vieillesse et la mort tout à fait inédite.

Ce vieil homme, tout sourire et humour, léger et gracieux, nous parle à 93

ans de sa vie passée et de sa mort proche, avec lucidité et sans

apitoiement. Il nous convainc de surcroît qu’à cet âge avancé tout peut

encore arriver. De son côté, la grand-mère, toujours assise dans son

fauteuil, mais dans une mise en scène à chaque fois inventive, nous raconte

la musique comme peu sauraient le faire et nous parle de son histoire

d’amour avec le grand-père. Le désaccord qu’elle évoque, parfois sans

délicatesse, et qui pourrait être douloureux à entendre, devient harmonieux

par le geste du cinéaste et les résonances multiples qu’il orchestre. On est

bien loin du regard amer, de ces mises au point morbides et des

larmoiements, on est loin d’un regard pontifiant ou béat sur la vie et la

mort. Le film invente, grâce à sa mise en scène et son montage

particulièrement affirmés mais sensibles, ludiques mais rigoureux, une

manière tout à fait jouissive de regarder en arrière tout en allant de

l’avant.

 

 

Mariana Otero



Synopsis - Prix


Voyage en sol majeur 

 

Un film de  Georgi Lazarevski. 54 min. Quark Productions. 

 

Pendant des années, Aimé, violoniste à la retraite, a minutieusement planifié un voyage au Maroc. Mais sa femme n’a  jamais voulu l’accompagner . Quand son petit-fils l’y emmène enfin et le filme, Aimé, 91 ans, redécouvre la vie, le monde, et lui-même. 

  

Prix en festivals: 

 

Prix des Jeunes -Cinéma du Réel et  Prix Louis Marcorelles Cinema du Réel 2006,  

Prix du Premier Film Professionnel à Traces de Vies 2006

Grand prix Golden Starfish Award Hamptons International film festival 2006

Grand prix festival l’Alternativa, 2007 Barcelone

Prix du Public à Documenta Madrid 2007 Prix du Public IndieLisboa 2007

Prix du Public  Festival Paris tout court 2007

Grand prix de la compétition internationale à Docaviv 2007

Grand prix festival del Cinema Pobre 2007(Cuba)

Grand prix, Ismaylia festival 2007 Egypte

Grand prix Rencontres cinématographiques de Cerbère 2007 

 

Nomination au Silver Wolf Award, IDFA 2006

Sélection ACID festival de cannes 2006 (Agence du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion)

Prix de la qualité CNC

Étoile de la SCAM 2008

 



Georgi Lazarevski

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Questions Réponses


 

Directeur de la photographie, photographe et réalisateur. 

 

Membre de la maison de photographe Signatures,  et  de l'ACID (Agence pour la Diffusion du Cinema Indépendant) 

 

D'origine yougoslave, né à Bruxelles en 1968. 

 

Enfance en Yougoslavie, Bac à Bruxelles, achat du premier boîtier photo en 1984… s'installe à Paris en 1986, suit des études de cinéma à l'École Nationale Louis Lumière. 

 

Participe ensuite à la prise de vue de nombreux long-métrages, (« La neige et le feu » de C. Pinoteau, « L’affaire Seznec » d’Y. Boisset, "Kabloonak" de C. Massot, "Entre les murs" de L. Cantet...), et films documentaires. 

 

Poursuit parallèlement une carrière de photographe indépendant,  travaillant régulièrement pour les organisations humanitaires Amnesty international, Equilibre (en Ex-Yougoslavie, au Mali, à Gaza, en Irak), et Hommes de parole (Israel Palestine ). En 2001, il est lauréat du prix Chroniques Nomades d'Honfleur. Ses photos font partie des fonds de la Bibliothèque Nationale et de la Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine. 

 

Ses deux premiers films en tant que réalisateur ,« Voyage en sol majeur » , et « Le jardin de Jad » (« This way up »), ont été primés dans une vingtaine de festivals en France et à l’étranger.  “Zona Franca”, son premier long métrage documentaire, sortira en salles le 25 janvier 2017. 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Film « Voyage en sol majeur »

Georgi Lazarevski

 

 

- L’envie de filmer ton grand-père est-elle venue en même temps que celle de l’emmener au Maroc ?

 

J’ai commencé à filmer mon grand-père, Aimé Helbing,  quelques années avant de partir au Maroc.

Ce premier filmage n’était pas très construit et avait plutôt valeur de document : il s’agissait plus pour moi d’approcher un grand-père que je connaissais peu.

Je me suis rendu compte à quel point il avait fini par créer lui-même sa petite prison, en choisissant une vie tranquille, un certain immobilisme sans excès ni fausses notes, et une femme très autoritaire qui remplissait tous ses temps morts.

Peu à peu j’ai pressenti qu’un autre personnage se dissimulait derrière le caractère  froid et taciturne que je lui connaissais jusqu’alors.

Cette nouvelle personnalité, gaie et grave à la fois, beaucoup plus chaleureuse, apparaissait lorsqu’il me racontait des épisodes de sa vie de musicien, ou de résistant dans les années 40. Je découvrais les mystères d’un homme meurtri par la vie, mais qui au fond de lui, avait conservé une certaine innocence et une belle naïveté.

Un homme de plus de quatre-vingt-dix ans qui pouvait encore s’émerveiller de tout, se libérer des contraintes qu’il s’était lui-même imposé, qui pouvait oser.

C’est ce possible que j’ai voulu raconter.

Le voyage au Maroc, la réalisation de son vieux rêve, c’était le déclic nécessaire pour que ce nouveau monsieur Helbing fasse surface, que cette transformation sorte du cadre limité du récit d’anecdotes pour s’inscrire durablement dans son quotidien.

Au début, de peur de trop m’alourdir, j’avais uniquement prévu de faire des photographies lors du voyage.

À la suite d’un accident dont il est miraculeusement sorti indemne, notre départ a été remis, ce qui m’a laissé le temps pour réfléchir à la façon dont j’allais raconter l’histoire. J’ai acheté une petite caméra et je suis parti avec quelques idées de réalisation bien définies.

 

- Dès le début du projet, tu as pensé à filmer ta grand-mère en contrepoint?

 

Dès le départ, ma grand-mère était présente. Je ne pouvais pas parler d’Aimé sans évoquer la femme avec laquelle il avait choisi de vivre depuis 75 ans. Son désir et sa peur de partir étaient liés à elle.

 

Sa présence était indispensable pour donner une idée du contexte dans lequel vivait Aimé, sa vie quotidienne, la place des frustrations, de l’incompréhension, la sorte de harcèlement dont il était la victime consentante. Alice permettait de définir le point de départ d’Aimé, pour se rendre compte de l’importance du voyage au Maroc, de la libération qu’il constituait pour lui, et prendre toute la mesure du chemin qu’il allait parcourir.

Je savais que le film s’articulerait autour de ces deux mots : Oser (le voyage, ou rompre ses liens) et Amour (la persistance, en filigrane, du lien, sa relation très particulière avec Alice)

Ensuite, je ne voulais pas la cantonner au rôle rabat-joie, il fallait que son personnage existe, avec sa richesse, ses contradictions, son réalisme froid, sa malice, ses propres rêves et voyages intérieurs…

Ses interventions au cours du film offrent un contrepoint ironique au récit de voyage candide, un des écueils que je voulais éviter.

 

 - Tu l’as filmé à votre retour du Maroc ; est-ce que cela n’a pas influencé ton regard et ses réactions ?

 

Comme pour mon grand-père, j’avais commencé à tourner autour d’elle quelques années auparavant.

Mais il était très difficile d’organiser quoique ce soit avec Alice.

Son emploi du temps est compliqué, régi par sa maniaquerie obsessionnelle, l’organisation du nettoyage de son petit appartement, la présence de sa femme de ménage….

J’ai mis presque deux ans à la filmer, car elle a remis nos rendez-vous un nombre incalculable de fois. Au dernier moment, elle préférait toujours voir une exposition, aller au cinéma, faire son lit (cela lui prend deux heures) ou visiter encore un magasin de chaises plutôt que de parler. C’en était arrivé à un tel point que j’avais fini par me filmer au téléphone dans mes tentatives désespérées d’organiser ce tournage.

Mais cela valait la peine d’attendre. Lorsqu’elle se retrouve devant la caméra, elle  est incapable de jouer, comme elle est incapable de prendre du recul sur elle-même. Elle « est », tout simplement, le reste n’a plus d’importance. Rien ne peut l’influencer. Que je l’aie filmé avant ou après le Maroc, cela ne fait aucune différence, elle reste le même personnage fascinant.

En ce qui concerne mon regard, je ne pense pas que je l’aurais filmé différemment avant notre voyage. Je voulais qu’elle parle de leur lien, et le fait qu’au Maroc il ait éludé la question de l’amour n’a fait que renforcer mon envie de la faire parler à sa place. Je savais que ce serait difficile, et que le seul moyen d’y arriver était de passer par la musique, qui est devenue le troisième personnage du film.

 

- Comment convaincre les producteurs avec un projet de film sur ses

grands-parents ? (considérant qu’ils ont actuellement pléthore de projets de jeunes réalisateurs sur leur famille, leurs origines…)

  

En le tournant soi-même.

 

- Est-ce que tu fais la part des choses entre le cadeau que tu offres à ton grand-père et l’objet artistique qui sera vu par le public ? (ou bien avais-tu une vision d’ensemble du film dès le départ?)

 

Il y a une différence entre le voyage, l’aventure que nous avons vécue, fruit d’une envie commune, et le film qui me concerne plus personnellement.

Quelques années avant le Maroc, je lui ai proposé sur un coup de tête, de me rejoindre une semaine aux Etats-Unis. Jusqu’alors il avait peu voyagé, et n’avait jamais traversé l’Atlantique. Nous avons parcouru les grands parcs nationaux ,et je l’ai vu rajeunir de vingt ans. C’était aussi un cadeau pour moi. C’est à partir de ce moment que j’ai réalisé que le grand rêve du Maroc était encore possible. Ce court voyage, chargé d’émotions, m’a donné envie d’aller plus loin et de construire quelque chose de plus personnel.

 

 

- Comme un conte initiatique à l’envers (la découverte mêlée au regret), ton film semble pouvoir toucher tous les publics (jeunes notamment - avec le prix Jeune du Réel..), est-ce ton ambition ?

 

Je n’ai jamais vraiment réfléchi au public que le film pouvait toucher. J’ai pu constater depuis à quel point ce public est large , et j’en suis heureux.

J’ai été très agréablement surpris par la réaction des jeunes, car j’avais tendance à penser à propos de la mort et la vieillesse, comme Aimé le dit dans le film « quand on est jeune on se dit ce n’est pas pour moi ».

Mais il est vrai que le film parle essentiellement d’autre chose, et une des plus belles récompenses que j’aie pu recevoir, c’est lorsqu’un membre du jury des jeunes du Cinéma du Réel est venu me voir pour me dire : « ce film nous a donné envie d’oser ». Moi je n’avais pas osé espérer une réaction comme celle-là ! Le film vit maintenant sa vie, il m’échappe, et c’est très bien ainsi.

 

 

- Comment as-tu conçu le récit de ce film et de tes films terminés ou à venir ?

 

Tout d’abord je m’attache à une situation plutôt sérieuse et grave, proche de l’absurde, dont je sens qu’elle peut être envisagée sous un autre angle. Cette notion de double lecture est très importante pour moi. D’une part elle marque une distanciation face aux certitudes, aux idées préconçues, à la simplification qui fait souvent loi dans les médias. D’autre part elle réserve une place à l’humour, un élément sans lequel je ne conçois pas un film. C’est la seule arme en laquelle je crois, celle qui permet d’être conscient sans être désespéré, celle qui entretient l’espoir de combattre l’injustice de la vie.

Évidemment le choix des personnages est crucial, et les idées de mise en forme sont décisives. Ce sont elles qui donnent un sens au film.

  

 

- Pendant le tournage, avais-tu un appareil photo sur une épaule et la caméra sur l’autre ? En d’autres termes, quand choisis-tu de filmer et quand choisis-tu de photographier ? (et avec quels appareils ?)

 

Au Maroc, je me suis efforcé autant que possible de séparer le temps pour photographier et le temps pour filmer. Le film nécessitait une certaine disponibilité, une réflexion plus importante. J’ai privilégié à la caméra les endroits propices à la confidence, l’intérieur de la voiture, la cabine de bateau, les jardins et les patios des riads. J’étais alors très attentif à lui, à son humeur.

Je photographiais surtout lors de moments plus furtifs, et dans des espaces plus esthétiques. J’ai utilisé une toute petite caméra d’amateur très simple et légère, et trois boîtiers photo de formats différents, dont son vieil appareil à plaques de 1930 qu’il venait de m’offrir, mêlant noir et blanc et couleur, car je voulais que l’histoire ressemble à l’album d’une vie, un recueil d’émotions diverses.

Je pense que mes démarches sur le film et les photographies se nourrissaient l’une de l’autre. L’alternance de ces supports m’offrait aussi une récréation nécessaire au renouvellement des idées.

 

 

- Tes grands-parents sont du côté de l’écoute -  ton grand-père musicien la perd, ta grand-mère vit absorbée par la musique – comment retransmettre cela, ce qui au final les réunit? Et de ton côté, cela a t-il une incidence sur ton filmage ? (Comment filmer et interroger un personnage qui entend mal ?)

 

J’avais mis au point avec Aimé, dont je me suis rendu compte lors de ce voyage à quel point il était devenu sourd, un petit système pour communiquer : j’écrivais sur une bande de papier que je repliais sur elle-même des mots tout simples. Au fil de notre périple, lorsque le lieu ou son humeur s’y prêtait, il déroulait cette feuille, laissant apparaître les mots. Il pouvait alors me dire ce qu’il voulait, et ne rien dire si cela ne lui inspirait rien. Cela me permettait d’éviter de l’asséner de questions comme un policier, et en même temps cela  l’impliquait dans le dispositif de mise en scène, cela le rendait complice de la réalisation du film.

 J’ai néanmoins choisi au montage de conserver quelques traces de cette difficulté de communication, lorsque je dois répéter plusieurs fois mes questions. C’est quelque chose qui le caractérise. Dans une certaine mesure, il n’entend que ce qu’il a envie d’entendre, exactement comme j’ai choisi de ne montrer que telle ou telle facette de sa personnalité, et de conserver le reste hors champ.

Dans ses rapports quotidiens, sa surdité lui a surtout servi à se protéger d’Alice.

 

 

- Dans ton parcours personnel, qu’est-ce qui t’a orienté vers l’image ?

 

J’ai beaucoup voyagé depuis ma jeune enfance. J’ai d’ailleurs failli naître dans un avion en escale à Zurich. J’adorais rester collé aux vitres des voitures et des hublots.Par la suite j’ai passé mes premières années sur une île paradisiaque de l’adriatique, dans un grand pays qui n’existe plus aujourd’hui. Je pense en avoir gardé un goût pour la contemplation et pour la beauté, et une certaine dose de nostalgie.

 

 

 

- Pour ton grand-père, ce voyage fût un « voyage en sol majeur », mais pour toi, quel voyage était-ce ? En quoi ton expérience des voyages (pour tes

précédents documentaires, tes reportages photos, notamment avec des

associations humanitaires) est-elle significative pour ce film ?

 

 

Mon expérience avec les associations humanitaires m’a surtout servi à me débrouiller avec peu de moyens, à ne pas me laisser distraire de mon but par les aléas du voyage, par l’imprévu, au contraire à les apprécier et à en jouer. Cela m’a beaucoup aidé pour faire ce film au Maroc  où je cumulais tous les postes, réalisateur, opérateur son et image, photographe, chauffeur, et où nous ne savions jamais où on allait loger le soir.

 

 



LE JARDIN D'ECRITURE

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 Rencontres à la bibliothèque de Fleury la Montagne

 Vendredi 28 octobre, 18 h : Le jardin d'écriture de Louis Dubost

 

Louis Dubost est né en 1945 à La Clayette, a passé son enfance à Saint-Christophe-en-Brionnais et vit aujourd’hui en Vendée. Après des études à Mâcon puis à l'université de Lyon, il est devenu professeur de philosophie et a commencé à publier ses textes avant de créer, en 1974, une édition associative, Le Dé bleu, qui a fait place en 2004 à la SARL, L’Idée bleue, toutes deux situées à Chaillé-sous-les-Ormeaux. C’est là qu’il a conçu aussi la collection Le Farfadet bleu, une collection « pour lecteurs à partir de 5 ans et jusqu’à plus que centenaires », qui cherche à rendre la poésie accessible. À partir de 2009, cette collection se poursuit aux édi­tions Cadex. Louis Dubost est auteur d’une trentaine d’ouvrages aux titres souvent réjouissants : L'escargot n'a rien d'un ange, On a mis Papy dans le coffre de la voiture, Tu me libellules, Bestiolerie potagère....

 

Comment êtes-vous arrivé à l’écriture et à la poésie ? Lui a-t-on demandé un jour. Voici sa réponse :

« Avant d’arriver, il faut prendre le départ. Pour moi, le point de départ, c’est la lecture, grâce à la bi­bliothèque de l’école publique que je fréquentais quand j’étais enfant. L’école offre d’emblée une immersion dans le langage, on apprend à lire, écrire, parler, compter… Petit à petit, on différencie les fonctions du langage, on constate que celle de la communication, essentielle pour la vie sociale, n’est pas celle poétique, créatrice qui fournit un support à l’intimité, à l’affectif. Les poètes rencon­trés à l’école proposent des modèles que l’on se plaît à imiter. J’ai commencé au Lycée par versifier à la manière de Lamartine (à l’époque, je vivais à Mâcon), de Baudelaire, de Verlaine… Puis, dans la cour de récréation, un de mes camarades m’a prêté un livre d’un compagnon de Résistance de son père, dont le titre à lui seul embarque dans le mystère, il s’agissait de Terraqué d’Eugène Guillevic. Ça a été le facteur déclenchant de mon “arrivée” dans l’écriture et la poésie. Comme quoi, dans une école, le moment de la récréation peut déclencher des vocations ! »

 

Depuis son retrait de l’enseignement et de l’édition, il passe une partie de son temps à cultiver son potager, « un microcosme où le monde entier s’invite pour peu que le poète entrouvre la haie ».

 

Poète éditeur de poètes et jardinier de poèmes, voilà Louis Dubost !

Françoise LR