Café-philo du 31 janvier 2019. Des libéralismes incompatibles.

 

 

 

 

 

 

 

 

Café-philo du 31 janvier 2019

 

PLAN

 

Introduction : l’esprit initial du libéralisme

 

1. Sources invoquées

            1.1. Le droit naturel

            1.2. Les utilités

 

2. Doctrines relatives aux entités pertinentes

 

3. Places respectives de la morale et de la justice

 

4. « Main invisible », autorégulation spontanée

 

5. Des droits de, non des droits à

 

6. Libéralismes, qualifications, fonctions de l’État

 

7. Distinguer libéralismes politiques et libéralismes économiques ?

 

Conclusion : les libéralismes, entre résistance et individualisme intransigeant

 

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Ce fut une conférence-débat (ce qui explique la longueur de ce compte rendu) sur le thème : des libéralismes incompatibles. Il est si souvent question, en bonne ou en mauvaise part, « du » libéralisme, comme s’il formait une doctrine et une pratique univoques et homogènes, qu’il m'a paru utile de montrer qu’il existe de multiples libéralismes, et même qu’il y a entre eux des incompatibilités.

Le mot « libéralisme » n’existe en français que depuis 1819. Mais l’adjectif « libéral » est beaucoup plus ancien puisqu’il s’appliquait, au Moyen Âge, à certaines études (lettres et sciences) nommées « arts libé­raux », par opposition aux « arts mécaniques » (les métiers). Et ce que l’on nomme de nos jours « libéra­lisme » a commencé à prendre forme théorique et pratique bien avant de se reconnaître sous ce nom. Dès le milieu de XVIIIe siècle, des mesures libérales sont mises en œuvre sans que leurs auteurs pensent au li­béralisme qu’ils pratiquent (Turgot,par exemple, supprimant certains droits freinant en temps de famine [1771] la circulation des grains dans le royaume de France).

L’esprit originaire du libéralisme consiste d’abord non en un laisser-aller, mais en une limitation des em­prises des pouvoirs suzerains ou souverains. Ce libéralisme déclare que si les gouvernements (sous leurs diverses formes historiques) ne protègent pas la personne et les biens des sujets, il est légitime qu’ils soient renversés. C’est donc d’abord un libéralisme politique plutôt qu’économique, comme on a tendance à se le représenter de nos jours.

De plus, il importe, pour saisir cet esprit libéral, de comprendre en quoi la répression peut être plus libé­rale que la prévention. Le régime préventif subordonne l’exercice d’une activité à une autorisation préalable accordée par une autorité administrative (limitation préalable des libertés ; exemple : le permis de construire). Le régime répressif est favorable à l’exercice des libertés, quitte à ce que la violation d’une liber­té soit punie. Et l’on peut savoir, avant d’agir, à quoi on s’expose en cas d’infraction.  

Pourquoi envisager ici une pluralité de libéralismes ? Principalement parce que l’orientation originaire a essaimé en direction de conséquences spéciales et renouvelées, tantôt plutôt politiques, tantôt plutôt écono­miques.

Les libéralismes formés depuis le XVIIIe siècle peuvent être comparés selon divers critères, dont les plus remarquables paraissent être les suivants.

 

 

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1. Sources invoquées.

            1.1. Le droit naturel.

La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 en appelle, dans son préambule, aux « droits naturels, inaliénables et sacrés de l'Homme ». Ce qui est réputé fonder ces droits est le seul fait naturel de naître homme (art. 1). L’égalité en droits est une nouveauté dans une société où les trois ordres perpétuaient des inégalités. « Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression. » (art. 2). Les libéralismes qui en dérivent entendent affirmer et protéger des droits dont la liste diffère dans le détail, tout en se rattachant à l’idée d’une nature humaine, et même, dans le cas de la Déclaration d’indépendance des États unis d’Amérique (1776), à celle d’une nature créée : « tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la re­cherche du bonheur. » (traduction de Thomas Jefferson – qui vécut en France de 1785 à 1789). Les libéra­lismes du droit naturel protègent les droits individuels qui ne sont pas contraires aux droits égaux des autres, et prohibent les actions qui violent ces droits.

 

            1.2.Les utilités.

 

Une tout autre inspiration est celle qui s’en remet à une certaine expérience plutôt qu’à des principes. C’est en effet une expérience que celle du bonheur, expérience qui ne dépend en rien de principes. Jeremy Bentham (Principes de législation, 1789) et John Stuart Mill (L’utilitarisme, 1861) ont exposé les premiers ce qui justifie leur doctrine, qu’ils nomment « utilitarisme ». Une action est bonne, au point de vue utilitariste, si elle contribue au plus grand bonheur de tous ceux qu’elle concerne ; mauvaise si elle diminue leur bonheur. « Le bonheur public doit être l'objet du législateur : l'utilité générale doit être le principe du raisonnement en législation. » ( Bentham, Principes de législation, début). « Bonheur » ne s’entend pas ici seulement comme maximum de plaisirs du corps, mais tout autant de plaisirs artistiques ou intellectuels.

 

Libéralismes du droit naturel ou des utilités, ils ne se contentent pas de promouvoir tel ou tel droit, mais soutiennent un esprit de liberté ouvert sur de nouveaux droits, et non pour telle ou telle nation seulement, mais pour le plus grand nombre d’hommes.

 

2.    Doctrines relatives aux entités pertinentes

 

Les diverses formes de libéralisme ont un postulat initial commun : chacun est propriétaire de soi-même, comme l’écrivit Richard Overton (Une flèche contre tous les tyrans, 1646). Propriétaire non seulement de soi-même, mais encore de ce qui, n’étant pas encore approprié, est modifié par l’incorporation d’une activité personnelle à quelque chose : « chaque homme est [...] propriétaire de sa propre personne. Aucun autre que lui-même ne possède un droit sur elle, le travail de son corps et l’ouvrage de ses mains lui appartiennent en propre. Il mêle son travail à tout ce qu’il fait sortir de l’état dans lequel la nature l’a laissé, et y joint quelque chose qui est sien. Par là, il en fait sa propriété. » (John Locke, Traités du gouvernement civil, 1690).    

Un corollaire de cette assertion est que les individus sont les réalités les plus certaines, tandis que des collectifs tels que « peuple, nation, États » sont plus ou moins pris en considération. Adam Smith (Re­cherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776) et Murray N. Rothbard, par exemple (Pour une nouvelle liberté, 1973), diffèrent radicalement sur ce point. Tandis que Smith parle couramment des nations et des États, entités collectives légitimes selon lui, Rothbard parle d’ « usage fallacieux d’un nom collectif comme “nation”, semblable en cela à “société” ». Ceci encore : « [...] le libertarien est un individua­liste ; il croit que l’erreur primordiale en théorie sociale est de traiter “société” comme si c’était une entité existant réellement. [...] L’individualiste considère que seuls des individus existent, pensent, sentent, choi­sissent et agissent, et que “société” n’est pas une entité vivante, mais simplement une étiquette pour un en­semble d’individus en interaction. » 

Ainsi, les libéralismes n’ont pas une vision commune de ce que sont les agents réels, ce qui retentit sur leur façon de concevoir l’action, les mœurs, les lois, etc.

 

3.      Places respectives de la morale et de la justice

 

Les libéralismes ne partagent pas tous les mêmes distinctions entre morale et justice. Plusieurs, même, réservent la morale à la vie personnelle et n’appliquent la justice qu’aux relations avec les autres. Par exemple , M. N. Rothbard (Pour une nouvelle liberté, 1973) déclare : « La conviction libertarienne repose sur un axiome : qu’aucun homme ou groupe d’hommes n’a le droit de commettre une agression contre la per­sonne ou la propriété de qui que ce soit d’autre. Ceci peut être appelé “l’axiome de non-agression”. » Il s’en­suit qu’outre ce qui est appelé « les libertés civiles » (droits de parler, de publier, de se réunir), les libertariens affirment encore celui de s’engager dans des « crimes sans victimes » tels que la pornographie, la déviation sexuelle, la prostitution. Pour eux, il n’y a pas ici de crimes, puisqu’un crime est une agression violente contre la personne ou la propriété.

Ruwen Ogien, pour sa part, nommait « éthique minimale » ces principes de conduite à l’égard de soi-même ; et à l’égard des autres, il se rattachait à une pensée universaliste de la justice : « [...] la question du juste dont témoigne l’importance universelle donnée aux droits de l’homme en dépit des critiques visant leur côté trop “occidental”. C’est pourquoi j’estime personnellement qu’il faut être relativiste à propos du bien et universaliste à propos du juste. [...] Le juste concerne notre rapport aux autres, ce que nous leur devons, ce qui constitue une relation interpersonnelle équitable. » 

4.      « Main invisible », autorégulation spontanée

 

C’est, pour les libéralismes, une question déjà ancienne que celle de la proportion d’intervention des États dans la vie sociale, économique en particulier, à quoi s’oppose la proportion du « laisser-faire », plus ou moins intégral. « Que puis-je faire pour vous aider ? » aurait demandé Colbert au marchand Legendre. « Laissez-nous faire », aurait répondu ce dernier. « Laissez faire, telle devrait être la devise de toute puis­sance publique, depuis que le monde est civilisé. » (D’Argenson, 1751).

P. Lemieux explique : « Le laissez-faire consiste à laisser les individus faire ce qu'ils veulent avec leur pro­priété, à la seule condition de ne pas porter atteinte à la propriété d'autrui. Le laissez-faire implique un sens profond de la responsabilité personnelle : l'individu est responsable de sa propriété, de sa vie, de sa fortune comme de ses échecs.

La philosophie du laissez-faire est simple : laisser les individus libres de poursuivre leurs fins individuelles pourvu qu'ils ne violent pas les droits d'autrui. La société fonctionnera bien mieux toute seule que sous la houlette d'une autorité coercitive. » (Du libéralisme à l’anarcho-capitalisme, 1983).

Ceci suppose que les rapports économiques et sociaux ne dégénèrent pas en conflits, c'est-à-dire que les marchés finissent par établir ou rétablir des équilibres satisfaisants pour tous, et que la recherche par tous de leurs intérêts personnels produise de meilleurs résultats qu’une coopération organisée par des autorités. « «Ce n'est que dans la vue d'un profit qu'un homme emploie son capital. Il tâchera toujours d'employer son capital dans le genre d'activité dont le produit lui permettra d'espérer gagner le plus d'argent. [...]  A la vérité, son intention en général n'est pas en cela de servir l'intérêt public, et il ne sait même pas jusqu'à quel point il peut être utile à la société. [...] il ne pense qu'à son propre gain ; en cela, il est conduit par une main invi­sible, à remplir une fin qui n'entre nullement dans ses intentions ; et ce n'est pas toujours ce qu'il y a de plus mal pour la société, que cette fin n'entre pour rien dans ses intentions. » (Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776). Main invisible, ordre spontané... Voici des convictions de quelques libéralismes au cours de leurs développements. 

« L'ordre spontané résulte de l'adaptation continue des êtres humains les uns aux autres. Il est, selon l'ex­pression de Friedrich Hayek, “le résultat de l'action humaine et non d'une construction humaine”. [...] Mais cet ordre [l’ordre spontané] lui-même implique des règles. » (Pascal Salin, Libéralisme, 2000).

 

5.       Des droits de, non des droits à

 

Il est caractéristique que des formes récentes de libéralismes élargissent les droits. La Déclaration des droits de 1948 reconnaît à chaque personne des droits au travail (art. 23), « à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le loge­ment, les soins médicaux » (art. 25.1), à l’éducation (art. 26.1). Mais d’autres libéralismes s’opposent énergi­quement à ces droits à. Par exemple, en ce qui concerne un prétendu droit à un système public de santé aux États-Unis, L. Peikoff écrivait en 1993 (contre le projet du président Clinton) que les gens qui ne peuvent se payer un système de soins doivent s’en remettre seulement à la charité privée volontaire. Appeler cela un droit est malhonnête parce que cela s’en prend au travail des autres.

C’est aussi un trait de certains libéralismes que d’argumenter en faveur du droit de posséder et de porter des armes. « Trois questions doivent être posées concernant le contrôle des armes à feu. Premièrement, ces mesures limitent-elles la criminalité ? Deuxièmement, est-il légitime que l'État prive tout le monde d'un droit pour empêcher quelques-uns de s'en servir à des fins criminelles ? Et troisièmement, les citoyens doivent-ils confier à l'État le monopole de leur protection ? » (Pierre Lemieux, Du libéralisme à l’anarcho-ca­pitalisme, 1983). 

Un aspect encore récent des libéralismes est, en France, celui qu’a promu la « refondation sociale » portée par le Medef. Il s‘y est agi, parmi d’autres traits programmatiques, de faire prévaloir, autant que pos­sible, le contrat sur la loi, en particulier dans les relations entre employeurs et employés. E.-A. Seilleire, alors président du Medef, déclarait, le 8 septembre 2004 : «  Nous ne sommes pas pour la suppression de la loi. Nous sommes pour la substitution à la loi qui s'impose, la volonté et le contrat négocié entre l'entrepreneur et ses salariés, dans le cadre de discussions qui sont autour du projet d'entreprises. » Et le 9 décembre 2004 : « [...] j'ai pour ma part souligné et redit que les entreprises de notre pays attendent depuis mai 2002 que l'on prenne sur les sujets essentiels, de la simplification, de la modernisation du code du travail, de la liberté du temps de travail rendu aux entreprises, des dispositions qui permettent au contrat de se substituer par rapport à la loi. »

(Sociologue et historien du travail, Robert Castel avait déjà commenté cette orientation du Medef, créé en 1998 : « Cette conception libérale du contrat s’applique directement au domaine des relations de travail, c’est le contrat de louage de services, qui suppose là aussi des individus s’accordant “librement” pour échanger un travail contre une ré­munération (salaire). » R. Castel, entretien sur « La loi et le contrat », revue Mouvements, 2001, n° 2).

 

6.      Libéralismes, qualifications, fonctions de l’État

 

Si « libéralisme » signifie absence de « réglementation publique, chacun pourrait se proclamer médecin. [Cette hypothèse] paraît scandaleuse et l'objection qui vient immédiatement à l'esprit est la suivante : n'im­porte quel charlatan pourrait alors concurrencer ceux qui auraient passé de nombreuses années à ap­prendre les moyens de guérir. Les patients risqueraient alors de perdre la santé ou même la vie ou, tout au moins, de perdre temps et argent. » (P. Salin, ouvrage cité). La solution, selon cet auteur, est analogue à ce qui se fait pour d’autres professions : le public se fie à des labels ou à des marques (au sens commercial). Il y aurait donc aussi des « marques » de médecins : « Au lieu d'avoir à rechercher une information sur tous les médecins de France et de Navarre, les clients potentiels pourraient donc, selon leurs souhaits, faire confiance à telle ou telle “marque” de médecins. Ces mots de “marque”ou de “label” » peuvent certes cho­quer. Mais il faut bien voir que la marque ou le label existent déjà : en effet pour être médecin en France, il faut avoir un label, celui qui est fourni par les diplômes d'État. Il s'agirait simplement de remplacer le mono­pole d'un label par la concurrence entre plusieurs labels. »

Bien entendu, ce libéralisme s’étend à tous les domaines, sous la forme d’une critique radicale de tous les monopoles (diplômes, assurances, sécurité sociale, politiques de l’emploi, impôts et taxes, etc.) Salin pose une question décisive et y répond en ces termes : « Quel rôle pour l'État ? Nous sommes tenté de répondre à cette question que l'État ne peut exercer de rôle légitime, tout simplement parce qu'il se définit comme le “monopoleur de la contrainte organisée” et que la contrainte est à nos yeux illégitime. Nous avons donc la très ferme conviction que la production publique de règles sociales n'est pas nécessaire et qu'elle est même nuisible. Nous pensons qu'un marché sans règles publiques fonctionne mieux qu'un marché réglementé. »

 

7.      Distinguer libéralismes politiques et libéralismes économiques ?

 

Faut-il dissocier et peut-être même opposer libéralismes politiques et libéralismes économiques ?

Remarquons d’abord que les salariés sont, en général, dans un rapport de subordination aux employeurs.  C’est donc ici un trait qui n’est pas purement économique ; le commandement est en même temps politique puisque l’obéissance est obligatoire, même s’il ne s’agit que des obligations et interdictions strictement pro­fessionnelles.

Les libéralismes politiques se caractérisent surtout par la séparation des pouvoirs, le système représenta­tif, des élections libres, la règle de la majorité. Celle-ci est cependant puissamment critiquée par divers pen­seurs libéraux, en particulier Tocqueville : « Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu'en ma­tière de gouvernement la majorité d'un peuple a le droit de tout faire, et pourtant je place dans les volontés de la majorité l'origine de tous les pouvoirs. Suis-je en contradiction avec moi-même ? » (De la démocratie en Amérique, 1835).

Il faut y ajouter les différences doctrinales et pratiques entre pouvoir exécutif et administration, les libertés de la presse, de la publication, et généralement la pratique et les garanties de ce qu’on nomme, en France, les « libertés publiques ».

Les traits dominants des libéralismes économiques sont, sur le fondement de la propriété privée, les libertés d‘entreprendre, d’échanger et de commercer, de conclure des contrats de droit privé, et plus générale­ment, de ne pas avoir à supporter de réglementations non contractuelles (par exemple, celles qu’impose­raient des États).

Les libéralismes politiques et économiques ne seraient opposables que si l’une des deux sortes excluait l’autre ou l’absorbait entièrement. À défaut d’y parvenir, certains libéralismes économiques tendent à réduire toute forme étatique à « l’État minimal » ; d’autres, à montrer que tous les « biens publics » peuvent bien mieux être produits et distribués par les initiatives individuelles.

 

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Les libéralismes se sont formés vers le milieu du XVIIe siècle comme esprit de résistance aux empiéte­ments et aux abus des gouvernements ou des autorités. Ils en sont venus, depuis la fin du XIXe siècle, à des formes extrêmes d’individualisme. Non pas que cet individualisme soit un égoïsme, car nul ne prétend que les individus peuvent et doivent vivre sans rapports aux autres, ni qu’ils doivent utiliser les autres autant qu’ils le peuvent. « Extrême individualisme » signifie ici que l’individu (et ce dont il est propriétaire) est la seule source et la seule mesure de tous les droits possibles. « Je déclare être un individu souverain à qui personne n'a le droit moral d'imposer quoi que ce soit sans son consentement, à part l'obligation générale de respecter la souveraineté égale des autres individus. » (P. Lemieux, Déclaration de souveraineté indivi­duelle)

 

Philippe Le Roux

 

        Je ne signe pas cette fois car je n'ai fait usage ni des ciseaux ni de l'assouplissant dont je me sers parfois. Françoise

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Un ouvrage éclairant sur ces questions : Francisco Vergara, Les fondements philosophiques du libéra­lisme. Libéralisme et éthique, éd. La Découverte/Poche, n° 119, 2002.

 

 

Prochain café-philo le jeudi 28 février à 20 h. Thème : l’humanité, est-ce la totalité des humains ?

 


De gauche à droite,

des libéralismes tempérés aux libéralismes extrêmes

 

 

 

Pré-libéralismes

Libéralismes classiques

Ultra-

(ou néo-)libéralismes

Minarchismes

Anarcho-capitalistes

Quelques noms,

avec quelques

dates caractéristiques

Les « Levellers » (Niveleurs)

Vers 1645-1648

 

Richard Overton (1646)

 

John Locke (1690)

 

 

 

Déclaration unanime des treize États unis d’Amérique (1776)

Assemblée nationale fran­çaise (1789)

Adam Smith (1776)

Anne-Robert-JacquesTurgot (1753-1776)

Jeremy Bentham (1781)

Thomas Jefferson (1790)

John Stuart Mill (1859, 1861)

 

Frédéric Bastiat (1848)

 

Walter Lippmann (1937, 1938)

 

Milton Friedman (1947-1972)

 

Friedrich Hayek (1973-1979)

Herbert Spencer (1850, 1884)

 

Benjamin Constant (1819)

 

Robert Nozick (1974)

Gustave de Molinari (1846 etc.)

 

Murray N. Rothbard (1973)

 

Pierre Lemieux (1983, 1988)

 

Pascal Salin (2000)

Quelques

objets de leurs  travaux ou centres d’intérêt principaux

Idée de la propriété de soi-même et de ses consé­quences

Questions des justifications des libéralismes, définitions des libertés civiles et poli­tiques 

Réduction du rôle et des in­terventions des États

Insistance sur la poursuite des intérêts privés, à l’écart des institutions politiques

Perspectives et programmes de l’abolition totale de tout État, et en tous domaines ; remplacement par des agences privées, payantes et concurrentielles

 

Remarques :

1. les cinq colonnes ci-dessus condensent beaucoup de différences et omettent donc de mentionner diverses autres formes de libéralismes. Par exemple le laisser-fairisme, l’indivi­dualisme méthodologique (peut-être mieux nommé « individualisme systématique »), l’ordolibéralisme, la « troisième voie » (Anthony Giddens), le libertarianisme etc. De plus, il ne faudrait pas considérer ces colonnes comme étanches...

2. Il n’existe pas de consensus sur les dénominations et les distinctions proposées. Exemple : Gustave de Molinari est parfois qualifié de « laisser-fairiste », parfois d’« anarcho-ca­pitaliste », et ainsi de beaucoup d’autres. Pas davantage d’unanimité sur ce qui confond ou sépare néo- et ultra-libéralisme. Le préfixe « ultra » connote généralement un jugement défavorable sur le caractère alors considéré comme excessif de ce genre de libéralisme.

 

3. Suggestion de périodisation élémentaire : le libéralisme classique se consolide de la fin du XVIIIe siècle au premier tiers du XXe siècle ; le néo-libéralisme surgit avec le « col­loque Walter Lippmann » (Paris, août 1938) ; il se renouvelle dans les années 1970 (Hayek [à vrai dire, dès les années 60], Milton Friedman, Nozick). L’ultra-libéralisme apparaît avec les programmes de rejet intégral de toute autorité et de toute institution, l’État en particulier.