Café-philo du 22 février 2018 : Y a-t-il des devoirs d’informer, de s’informer ?

 

 

Y a-t-il des devoirs d’informer, de s’informer ?

 

(thème dérivé d’une demande antérieure d’un participant)

 

 

 

Peut-être faut-il distinguer ici devoirs et obligations : si, en France, rouler à droite est une obligation ce n'est pas à proprement parler un devoir. Les devoirs sont d’ordre moral, les obligations d’ordre lé­gal, et elles sont accompagnées de sanctions.

 

À quelles conditions y a-t-il information ? L'information est l'annonce d'un fait, mais encore faut-il que ce fait soit inconnu de ceux à qui on l'annonce. Annoncer que le soleil se lève à l'est n'est pas une information. Il faut aussi que le fait soit un événement, quelque chose qui arrive en un temps et un lieu singuliers, qui est nouveau, touche au passé et/ou au futur proche tout en étant peu prévisible. Mais alors que l’événement ne concerne qu’une population particulière, le récit de l’événement peut affecter une population plus vaste. Un Turinois doit-il s'informer et être informé de ce qui arrive à Tokyo ?

 

Pour qu’il puisse y avoir des devoirs en matière d’information, il faut qu’il y ait asymétrie entre ceux qui détiennent les informations et les autres. Certaines informations sont réservées, d’autres non. Là où le secret est utile ou indispensable pour des raisons militaires, commerciales, industrielles, etc., les informations doivent être cachées au public non autorisé. Au contraire, sont réputés « informations » des récits et/ou des reportages d’événements de peu d’importance hors du cercle des victimes (accidents banals) ou des bénéficiaires (gagnants de loteries...). Mais en quoi informer ou s'informer de tels faits divers pourrait-il être un devoir ?

 

La demande de « transparence » qui se répand de nos jours suppose ou prétend que tous ont comme un droit à l’information. Mais en quoi serait-ce un devoir ? Compte tenu des passions individuelles ou collectives et du fond conflictuel de bien des rapports entre humains, une diffusion indifférenciée d’informations pourrait, ici ou là, alimenter l’envie ou la haine ou d’autres passions...

 

S’il y a des devoirs d’informer, ils s’adressent aux responsables envers d’autres, par exemple en matière de santé, privée ou publique. S’il y a des devoirs de s’informer, ils concernent ceux pour qui l’information est indispensable pour juger et/ou décider. Par exemple, on peut prêter aux citoyens actifs un devoir de s’informer en matière politique.

 

Distinguons de nouveau l’obligation et le devoir. Il y a obligation d’information dans les situations contractuelles, dans celles où le consentement éclairé est requis. Il y aussi obligation de renseignement pour un vendeur professionnel de certains biens d’occasion, comme pour un assureur. Dans quelle mesure ces obligations sont-elles aussi des devoirs ? Ce n’est qu’au regard de manquements par malhonnêteté que ces obligations apparaissent aussi comme des devoirs. Mais il ne peut y avoir de simples devoirs que là où il n’y a pas d’obligation, c'est-à-dire là où informer ou s’informer sont laissés à la bonne volonté ou au besoin ressenti de qui dispose de l'information ou de qui la recherche. Les contours de la déontologie sont flous...

 

 

 

Philippe et Françoise Le Roux

 

 

 

Prochain café-philo le jeudi 29 mars à 20 h., sur le thème : l’égalité : entre qui et qui, entre quoi et quoi ?

 


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