Café-philo du 26 octobre 2017: Qu’est-ce qui fonde l’autorité ?

 

 

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La France est un pays qui aime les autorités (ex. : Haute autorité pour la transparence de la vie publique, Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet) au point de les multiplier sous les espèces des AAI (autorités administratives indépendantes) ! Si des historiens parviennent à déterminer qui a fondé une dynastie, un royaume, une religion, il n’en va pas de même pour l’autorité. Fonder l’autorité, si c’est possible, c’est en indiquer non pas une ori­gine chronologique mais une justification ou une légitimation.

 

Cette question fut posée radicalement par divers jurisconsultes et philosophes dès les XVIIe et XVIIIe siècles. L’autorité a-t-elle sa source en quelque créateur qui la déléguerait selon son bon plaisir (doctrines du pouvoir absolu) ? A-t-elle sa source dans un peuple qui la confierait sous conditions à un gouvernement ? Une hypothèse est vite exclue : que l’autorité puisse être fondée sur la force, c'est-à-dire sur un rapport naturel. Certes, on ne peut que céder à la force. Mais pour les auteurs qui pensent que « l’homme est né libre » (J.-J. Rousseau, Du contrat social, 1762), la force, rapport seulement naturel, fait de l'obéissance une nécessité, non une obligation. Si l'autori­té est une forme de pouvoir (possibilité pour X d'obtenir que Y agisse ou s'abstienne d'agir en fonc­tion de X), ce pouvoir n'a rien de coercitif : le pouvoir coercitif contraint à l’obéissance, et l’autorité suppose la reconnaissance.

 

Ainsi, ce n’est pas la menace d’une peine ou l’espoir d’une récompense qui engendre l’autorité, alors que cela accompagne le pouvoir coercitif. Mais comment expliquer qu’on admette l’autorité alors que nul n’a un pouvoir naturel de l’inspirer ou de l’imposer ? La source plus ou moins cachée de l’autorité réside en ceux à qui elle s’applique. Une institution ou un individu n’ont d’autorité que s’ils donnent quelque chose, quelque chose d’indéterminé qui procure aux destinataires, peut-être faudrait-il dire aux bénéficiaires, une forme d’augmentation d’eux-mêmes. Puisque « autorité » est de la famille de mots tels que « auteur » et « augmenter », l’autorité est comme l’auteur de ce qui nous augmente.

 

« La véritable autorité est celle qui grandit l’autre. [...] si mon livre est bon, il vous augmente. Un bon auteur augmente son lecteur. […] » (M. Serres, Le Point, 21/09/2012). Cela inscrit l’autorité dans le temps, et c’est l’une des raisons supplémentaires pour lesquelles on ne peut pas trouver d’origine à l’autorité. Celui qui la possède la tient d’une transmission de savoir qui lui a permis de l’ac­quérir et qui le rend capable de la transmettre à son tour. Celui qui la reconnaît fait au départ le pari qu’il va en être augmenté, et fait confiance en attendant.

 

Si l’autorité s’enracine ainsi dans la reconnaissance qu’elle suscite, c’est qu’elle est appréciée de ceux qui en bénéficient, et qui éprouvent peu à peu qu’ils en deviennent meilleurs selon un point de vue ou un autre. Qui me fait progresser en natation, ou en savoir, ou en musicalité, etc., a sur moi de l’autorité selon l’un ou l’autre de ces points de vue (mais pas d’une manière générale et à tous les points de vue). « Désormais, la seule autorité qui peut s’imposer est fondée sur la compétence. », ajoutait M. Serres. C’est pourquoi l’incompétence, et le ridicule qui en résulte, ruinent l’autorité. L’autorité suppose la reconnaissance ; et elle échoue quand elle n’est pas recon­nue pour ce qu’elle vaut.

 

 

 

Annick Alix, Philippe et Françoise Le Roux

 

 

 

Prochain café-philo le jeudi 30 novembre à 20 h., sur le thème : La liberté d’opinion rend-elle toutes les opinions équivalentes ?