Café-philo  du 23 FEVRIER 2017. Qu’est-ce qui fait la valeur d’un être humain ?

fleury-la-montagne Fleury-la-Montagne

 

 

Quest-ce qui fait la valeur dun être humain ?

 

 

 

Il ne sagit pas ici de l’être humain en général, mais d'un être humain, qui peut être homme ou femme, blanc ou noir, jeune ou vieux. Si des êtres humains ont quelque valeur, il faudrait savoir de quelle valeur il s'agit. Est-ce sa beauté  qui fait la valeur dun être humain, ou bien sa force, ou son dévouement, ou son honnêteté ? Est-ce son savoir, son savoir-faire ? Ce qui fait la valeur d'un médecin ou d'un maçon n'est pas ce qui fait la valeur d'un instituteur, ni celle d'un pianiste. Sur le marché aux esclaves, ce qui fait la valeur d'un esclave, c'est sa vitalité (cf. Spartacus), sur le marché du travail, ce qui fait la valeur d'un salariable ce sont ses compétences. Tout ceci se rapporte à des variétés dusages des humains concernés. Mais un humain qui n'est utile à rien ni à personne a-t-il encore quelque valeur ?

Pour la plupart des biens, on distingue leur valeur dusage et leur valeur d’échange. Comme, en Europe, on na pas le droit dacheter ou de vendre un humain, ni sur pied, vivant, en entier, ni mort, en « pièces détachées », il reste sans valeur d’échange. Ce n’était toutefois pas le cas aux temps de lesclavage antique et ce nest pas le cas là où lesclavage persiste. Est-ce à dire que, pour nous, un humain na dautre valeur que sa valeur dusage ? Et que si, par malheur, il na pas de valeur dusage, il reste sans aucune valeur ? Pourquoi alors sauve-t-on des migrants sans chercher à savoir préalablement sils pour­raient être utiles ? Cela suppose qu'on attribue par principe à chaque être humain une valeur qui ne dépend ni de ses qualités et caractéristiques individuelles, ni de ses appartenances sociales, na­tionales, ou autres. Cela suppose des « droits de l'homme ».

Comme il n'y a pas de fruit qui ne soit que fruit (cest-à-dire ni poire, ni pomme, ni raisin, etc.), il n'y a aucun être humain qui ne soit quun être humain (cest-à-dire ni femme ni homme, ni daucune nationalité, ni adulte ni enfant, ni boulanger ni dentiste, etc.) Mais les droits de lhomme ne veulent rien savoir des particularités des humains concrets. On aboutit donc à ceci : ce qui fait la valeur dun être humain, cest seulement quil en est un... Ce qui prévaut, cest en dernière instance lappartenance à lespèce humaine (un critère biologique) qui conférerait à chacun de ses membres une intouchable dignité. Mais la reconnaissance d'une telle dignité suppose des conventions in­ternationales sur les droits de lhomme.

Une remarque finale : le point de vue accordant beaucoup de poids à la valeur dusage dun être humain semble avoir été, pour certains participants, pénible ou déplacé. En effet, il contrarie la bien­veillance et la bienséance ordinaires avec lesquelles nous tenons à considérer nos semblables. Ce dernier point de vue peut bien valoir dans des régions du monde où les droits humains sont reconnus, respectés, protégés. Ailleurs pourtant, on na aucun scrupule à tuer, rançonner, déporter, violer, mutiler, torturer, faire commerce dorganes. Dans ces autres régions, une vie humaine ne vaut rien si le coupable peut espérer limpunité. Dès lors, un humain ny est protégé que par sa valeur dusage, variable selon les utilisateurs, ou par les conventions internationales - si elles peuvent sappliquer à temps, sanctions comprises - mais nullement par une « di­gnité » dont les trafiquants nont cure.

 

Philippe et Françoise Le Roux

 

Prochain café-philo le jeudi 30 mars à 20 h. Thème : violences privées, violences sociales, violences d’État. Ce café-philo sera co-animé par Étienne Couriol, historien, et Philippe Le Roux.