Café-philo  du 26 JANVIER 2017. Peut-on tirer des leçons du passé ?

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Peut-on tirer des leçons du passé ?

 

 

Au premier abord cette question paraît optimiste : on ima­gine en effet que si l'on peut tirer des leçons du passé, c'est pour rendre le futur meilleur. Pourtant, certains massacres récents, au Rwanda, en Yougoslavie,ne prétendent-ils pas tirer des leçons du passé ? Mais de quoi parle-t-on quand on parle du passé ? Le passé n’est ni une chose ni une propriété des choses. Le passé n’est qu’un indice, l’état d’« être passé », qui affecte des objets ou des situations. Et ce qui détermine  cet indice, c’est le futur, dont l’imminence « fait passer » l’ins­tant présent.

Pouvoir tirer des leçons du passé suppose au moins trois conditions : que l’on consti­tue en exemples quelques antécédents, qu’on puisse les considérer comme semblables, et qu’on ad­mette ou suppose une nécessité inéluctable entre les antécédents et les conséquents. ­

Autres difficultés : quels passés examiner ? Ceux des individus, ceux des familles, ceux des col­lectifs quelconques, des sociétés ? Et comment appréhender ces passés ? Selon l’histoire ou se­lon la mémoire ? Les États ou certains groupes ayant un passé commun promeuvent leurs poli­tiques mémorielles : commémorations heureuses ou douloureuses, bien souvent pour honorer les victimes ou stigmatiser les bourreaux, ou pour proclamer un « plus jamais ça ! » Guy Môquet a pu être cité en exemple d’héroïsme patriotique. Ici, le sentiment d’un passé commun aux membres du groupe est renforcé. Il arrive même que des lois parfois dites « mémorielles » érigent en délits cer­taines affirmations ou dénégations ou certaines apologies. Mais les historiens refusent de se lais­ser dicter par les politiques ce qui, du passé, doit être retenu.

Le savoir historique en effet ne s’adresse pas à un groupe en particulier, ne cultive pas l’émo­tion, ses objets sont beaucoup plus nombreux que ceux du passé mémoriel et leur connaissance se fonde sur des découvertes d’archives, de documents, et leur analyse critique (authenticité, contextualité du vocabulaire de l’époque et cohérence avec les institutions alors en vigueur [que l’on pense par exemple aux actes notariés, aux actes de bap­tême des époques anciennes dépourvues d’état civil au sens contemporain]).

Mais est-il nécessaire que le passé dont on espère tirer des leçons soit authentifié comme vrai ?

Les contes et les fables se terminent en général par une morale. Les leçons du passé mémoriel sont comparables à l’expérience acquise, individuelle ou partagée par une communauté. Elles peuvent se consolider en traditions. Les leçons du passé historique fran­chissent les continents, les océans, les années et les siècles. Certaines crises sanitaires, certaines épidémies, mais aussi cer­tains troubles économiques ou démographiques, certaines catastrophes, tout ceci peut fournir un matériel utile au présent et à l’avenir proche. Et les leçons se forment peut-être d’autant mieux que le passé est converti en histoire.

 

Étienne Couriol, Philippe et Françoise Le Roux

 

Prochain café-philo le jeudi 23 février à 20 h., sur le thème : qu’est-ce qui fait la valeur d’un être humain ?