Café-philo  du 24 novembre  2016. Qu’est-ce qu’un idéal ?

fleury-la-montagne Fleury-la-Montagne

 

 

Il est facile de donner des exemples d'idéaux mais difficile de dire ce qu'est un idéal. Au sens courant, un idéaliste est quelqu’un qui espère et croit possible la réalisation d'un idéal. Mais cela peut concerner des  domaines multiples : quel est le régime alimentaire idéal, le régime politique idéal, la beauté idéale, etc. Qu’y a-t-il de commun à ces idéaux, par quoi ce sont des idéaux ? Et le pluriel « idéaux »  ne contre­dit-il pas l’idée même d’idéal ? Manifeste-t-il, au contraire, le fait qu'il ne peut y avoir qu'une multiplicité d'idéaux, des idéaux spécialisés ?

Un idéal, quel qu'il soit, en­veloppe l’idée de la perfection en son genre. Mais en quoi peut-elle bien consister ? Peut-on parler de la perfection d'une cuillère ou d'un verre ? Les designers du Bauhaus l'ont tenté en considérant comme idéale la forme exigée par la fonction d'un objet. Mais le verre ou la cuillère  auront beau être excellents, aucun ne pourra être, lui ou elle seuls, la perfection de son genre. En re­vanche, compa­rée à une chose ronde (jante, rond de serviette, bord supérieur du verre, etc.), la circonférence (au sens géo­métrique) est parfaite. Un « rond » tracé avec le plus grand soin a un diamètre, une couleur, un support physique, des irrégularités microscopiques. La circonférence en soi n’a aucun de ces caractères accidentels. C’est une idée pure. C’est cette idée qui est la règle de fabrication et d’évaluation de toutes les « circonférences » concrètes. L’idéal de tout « rond » est l’idée géométrique de circonférence.

Un idéal repose donc sur une idée.  C’est ainsi une certaine idée de la justice (soit l'égalité - même chose pour chacun, soit la proportionnalité - à chacun selon son travail, par exemple) qui se donne pour l’idéal de justice. Mais il convient de préciser qu'une idée n’est pas n’importe quelle représentation ou image arbitraire et subjective, mais seulement la pensée nécessaire et suffi­sante d’un objet. Par exemple, l’idée d’un man­teau que l’on aimerait porter, c'est-à-dire ce manteau imagi­né, n’est en rien l’idée de manteau... En revanche, l’idée de manteau permet de ne pas le confondre avec une soutane, un gilet, une ceinture – dont les idées sont à chaque fois distinctes. L'idée de manteau, c'est sa définition ; l'idée de manteau n'est d'aucun tissu et elle ne tient pas chaud !

Du point de vue de la forme, la circonférence est l’idéal du rond de serviette. Mais il n’y a pas d’idéal du point de vue de la matière, pourvu qu’elle soit compatible avec l’usage attendu. Ainsi, au sens strict de « idée », le conforme à l’idée, c’est le parfait, et le parfait en tant qu’il est  désiré, c’est l’idéal.

Il reste à considérer que les idéaux sont surtout relatifs à l’action, individuelle ou collective (par exemple effort personnel pour se rendre parfait, luttes politiques pour la justice, pour l’indépendance...) et à ne pas oublier qu'un idéal qui ne fait pas place à sa propre discussion risque de devenir tyrannique.

 

Philippe et Françoise Le Roux

 

 

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