Café-philo du 27 octobre 2016. " le peuple", notion politique ?

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On pourrait considérer le peuple comme l'ensemble des êtres humains qui « peuplent » un terri­toire : ce serait assimiler « peuple » et « population » et la notion, alors, serait démographique. Mais dès qu'on s'interroge sur les limites de ce territoire et le droit à l'occuper, la notion ne devient-elle pas politique ?

Pour en décider, il est nécessaire de se faire une idée du politique ; on propose de considérer le politique comme système d’existence en commun présentant une triple relation : entre commandement et obéissance, entre ami et ennemi, entre privé et public, en vue d’assurer la concorde à l’intérieur et la sécurité à l’extérieur.

Nous vivons sous un régime politique que nous appelons  démocra­tie. Ce mot  signifie originellement (en grec ancien) la puissance souveraine (kratos) du peuple (dèmos).  C’est, comme le dit la Constitution actuellement en vigueur ici, article 2, le « gouverne­ment du peuple, par le peuple et pour le peuple. » Ce peuple, c'est l'ensemble des citoyens, qualité que n’ont pas tous les habitants par exemple les mineurs, les déchus de leurs droits civiques (ou les femmes au temps où elles n'avaient pas le droit de vote,  ou ceux dont les revenus sont trop faibles en cas de suffrage censi­taire, etc.) On peut aussi, comme l'a fait Sieyes peu avant le 14 juillet 1789 dans Qu’est-ce que le Tiers-État ?, distinguer démocratie (au sens de démocratie directe) et gouvernement représentatif. Dès lors qu’il y a gouvernement, et dirigeants, et dominants, le peuple en est distinct. « Peuple » n’a pas le même sens dans les deux cas. Ou il se gouverne, ou il est gouverné.

 « Peuple », est-ce la population déjà présente de fait sur un territoire, sans que soient questionnés son droit à s’y trouver et la forme de sa coexistence, ou est-ce la volonté des nombreux individus de former un seul et même en­semble, dans la guerre comme dans la paix ? Simples voisins de fait, ou alliés par choix ? Les peuples qui se sont trouvés tels sans l’avoir ni pensé ni voulu ne sont pas (encore) politiques. Mais les luttes pour l’accès aux ressources (eau, terres fertiles, fleuves ou mers, voies de circulation, etc.) ont produit la conscience de soi des peuples, qui, alors, se sont politisés, c'est-à-dire ont voulu leurs diffé­rences comme identités assumées et le « droit de dispo­ser d’eux-mêmes ».

Certaines populations se considèrent comme « peuple » au motif qu’elles auraient une même origine, une même « souche » immémoriale. Une telle conviction peut conduire à la revendication de la suprématie du peuple ainsi distingué sur tous les autres, au prix même de leur extermination... ou de la sienne.

On en vient à penser que la notion de peuple n’est pas immédiatement politique, mais le devient à certaines conditions : que l’on distingue unanimité ou divisions (par exemple, selon le Conseil d’État, il est inconstitutionnel de parler de « peuple corse », le peuple français étant indivisible), gouvernés et gouver­nants, classes dominées et classes dominantes. En bref, « peuple » est poli­tique dès que l’on n'en consi­dère pas seulement l’existence mais surtout l’organisation, et ses relations aux autres peuples.         

 

Philippe et Françoise Le Roux

 

Prochain café-philo : le jeudi 24 novembre 2016 à 20 h., sur le thème : qu’est-ce qu’un idéal ?