Café-philo du 29 septembre 2016 :  Persuader, est-ce nécessairement manipuler ?

fleury-la-montagne Fleury-la-Montagne

 

 

 

 

 

Les questions relatives aux moyens et aux buts de la persuasion sont vieilles d’au moins 2400 ans en Oc­cident : les cités antiques, grecques en particulier ont puissamment développé pratiques et théories des discours politiques et judiciaires. Cet art, la rhétorique, n’est pas seulement l’art de bien parler, c'est aussi l’art d’agir et faire agir par le langage, surtout par la parole. Mais des écrits et des images, fixes ou animées, peuvent aussi persuader, et sans doute y a-t-il d'autres moyens encore, non verbaux.

Comment y parvenir, pour autant que la parole n’exerce pas de contrainte physique ? Agir par la parole, c’est principalement disposer un ou plusieurs autres à agir ou s'abstenir d'agir. Cet usage de la parole ne tend pas à instruire, à faire comprendre. Une démonstration logique ou mathématique n’incite pas à l’action, mais un discours politique, un discours publicitaire, celui d'un avocat, visent à obtenir un résultat pratique : un vote, un achat, un acquittement. Pour être persuasifs, les arguments doivent être appropriés à l’auditoire, ce qui n’est pas le cas des raisons démonstratives ; ils sont donc toujours particuliers.

On peut se demander si la persuasion, quand elle réussit, n’est pas déjà et nécessairement une manipulation. Comment en décider ? Par les résultats, ou par les moyens mis en œuvre ? Si manipuler, c’est « [...] amener quelqu’un à faire ce qu’on souhaite le voir faire », comme l’écrivent les auteurs (R. V. Joule et J. L. Beauvois) du Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens, on en juge par le résultat. Le lob­bying et la propagande se confondent alors avec la persuasion, et celle-ci avec la manipulation. Si, en revanche, on examine les moyens, peut-être devient-il alors possible de ne pas les confondre. Quand on cherche à persuader, en effet, on cherche l'acquiescement sans offrir de cadeaux ou de services, on n’en appelle pas aux passions extrêmes, à la bassesse, à la haine, à la peur ou à l’enthousiasme, on n’exalte pas la partialité par tous les moyens. Dans le cas particulier de la manipulation, certains procédés, qu'on peut considérer comme des ruses, s’avèrent généralement efficaces. Les auteurs du Petit traité...  mentionnent par exemple ceux-ci : l’amorçage (faire espérer un « cadeau » à l’occasion d’un achat, alors qu’on n’aurait jamais acheté l’objet du cadeau pour lui-même) ; le « pied dans la porte » (signer une pétition – et ne pas oser refuser une coopération future à la cause), etc..

On voit enfin par là que persuader n’est pas nécessairement manipuler. Il est vrai que le continuum de ces modes d’intervention, persuasion, lobbying, propagande, les rend perméables les uns aux autres. Leurs « cibles » sont à la merci de la bonne ou mauvaise foi de ceux qui les visent.

 

Philippe et Françoise Le Roux

 

 

Prochain café-philo : le jeudi 27 octobre à 20 h, sur le thème : « le peuple, notion politique ? »