Café-philo du 28 avril 2016 : qu’est-ce que le nécessaire ?

fleury-la-montagne

 

  

 

 

 

 

  

Nécessaire et superflu.

L’homme est-il la mesure de toutes choses, comme le prétendait un certain Protagoras ? On le croirait, à entendre les premières réponses à la question : qu’est-ce qui est nécessaire ?, question préparatoire à celle du jour. L’air, l’eau, les autres, sont certes nécessaires à bien des vivants mais, dans les réponses, c'est comme s’il allait de soi que le nécessaire soit le nécessaire à l’homme et à lui seul. Même élargi, ce néces­saire reste un « nécessaire à... »  Il n’est donc que relativement nécessaire. Quel que soit le prix que nous attachons à notre vie, elle n’est pourtant pas nécessaire. « Monsei­gneur, il faut que je vive, disait un malheureux auteur satirique au ministre qui lui reprochait l’infamie de ce métier. - Je n’en vois pas la nécessité, lui repartit froidement l’homme en place. »  (J.-J. Rousseau, Émile ou de l’éducation, 1762).

Et même si nous prétendons à la nécessité de notre existence, qu’est-ce que le nécessaire dans ces limites ? Les innombrables objets, instruments, accessoires, dont nous nous entourons sont-ils nécessaires ? Ce qui est naturel et nécessaire (et suffit, selon Épicure, à être heureux) est sans doute bien plus restreint. Le nécessaire ici se définit ici par opposition au superflu.

Nécessaire et contingent.

Les événements qui surviennent de façon inattendue ne nous paraissent pas toujours nécessaires, même s’ils sont inévitables. Cela vient-il de notre ignorance des conditions antérieures de ces événements ? Si nous en avions connu les causes, nous les aurions prévus, pouvons-nous croire. À moins que certains d’entre eux ne soient en rien nécessaires, mais soient seulement contingents. On peut s’interroger par exemple sur la nécessité d'événements naturels de type sismique, ou sur celle d'événements humains, sociaux et politiques. Le futur est-il, dans ces deux sortes d’événements, semblablement nécessaire ?

Nécessaire et catégorique.

Sachant que A > B et B > C, nous concluons nécessairement que A > C. Il y a ici une nécessité théorique, for­melle, logico-mathématique, tout à fait indépendante de ce que pourraient être la réalité de A, B, C. Cette conclusion n’est pas nécessaire sous conditions, mais absolument ; on peut la dire catégorique.(par opposition à hypothétique). Différente d'une preuve, une démonstration impose sa nécessité. Et si nous nous interrogeons sur ce que nous devons faire (obligations) ou ne pas faire (interdictions), nous en trouvons sans peine qui sont hypothétiques (« si tu veux manger, alors tu dois travailler »). Y en a-t-il qui sont inconditionnelles, c'est-à-dire catégoriques, qui énonceraient un devoir absolu ? Par définition, ce qui doit être n’est pas encore. Ce qui doit être n’est donc pas nécessaire – sinon, cela serait...

En recherchant une justification logique de la moralité, on touche à la limite entre le nécessaire au sens strict (ce qui ne peut pas ne pas être, ou ne peut pas être autrement qu’il n’est) et l’obligatoire sans condition (impératif catégorique). Y a-t-il un passage réversible de l’un à l’autre ? C’est l’enjeu, lourd de controverses, de toute recherche sur le bien-fondé, ou son défaut, de la morale.

                                                                                                                       Philippe et Françoise Le Roux

 

Prochain café-philo (le dernier pour le cycle 2015-2016) le jeudi 26 mai à 20 h.

 

Le thème en sera : la vie privée est-elle encore possible sur Internet ?, avec la contribution de Dominique Maniez, enseignant d’informatique à l’Université de Lyon.