Café-philo du 31 mars 2016 : quelle est la valeur de la gratuité ?

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  La gratuité est le caractère de ce qui ne coûte rien. Ce qui ne coûte rien, est-ce aussi ce qui ne vaut rien ? Durant des siècles, l'eau et l'air ne coûtaient rien et pourtant leur valeur vitale est inestimable. Ainsi la gratui­té n’exclut-elle pas une valeur élevée. Mais de quelle valeur s’agit-il ? Tant que ces biens sont disponibles en excès, ils ne peuvent avoir aucune valeur marchande, c’est-à-dire aucune valeur d’échange. En revanche, ils ont une indispensable valeur d’usage (utilité), car sans eux, beaucoup d’espèces, dont la nôtre, périraient.

La gratuité n’est pas le caractère d'une chose mais réside, comme la propriété,  dans une relation des hommes à propos des choses, relation entre donateur et donataire (dans le cas de l'eau, le donateur est la Nature). Le don peut paraître l’accomplissement de la gratuité. Cependant, dans les sociétés humaines, le don est toujours contrôlé socialement : tout don doit être rendu, soit directement au donateur, soit à l’issue d’un long circuit qui estompe quelque peu le moment du contre-don obligatoire et peut le rendre indirect.

Si la surabondance d’un bien peut occasionner sa gratuité, il arrive aussi qu' une organisation sociale offre des biens, des services gratuits, à certains particuliers ou à certains groupes. Les principes en sont généra­lement la mutualisation ou l’impôt. Cette gratuité est imparfaite (tous cotisent, tous n’ont pas recours à cette gratuité), mais elle permet de supporter des coûts collectifs gigantesques, ou des coûts privés inaccessibles à la plupart. Le Welfare State et l’État-Providence sont deux formes majeures de cette organisation. Le bé­névolat est une autre façon, asymétrique, d’exercer la gratuité.

Il y a même une étrange gratuité marchande, très invasive de nos jours. De nombreux services nous sont « offerts gratuitement » sur l’Internet. Cette apparente gratuité est cependant rétribuée indirectement par le prélèvement de données personnelles, et leur agrégation en fichiers revendus à des annonceurs qui de­viennent ainsi capables de « cibler » de futurs clients...

N’y a-t-il donc aucune gratuité intégrale, c’est-à-dire dépourvue de retour ? N'y a-t-il rien qui soit sans rai­son d'être ? Aucun acte absolument gratuit ? L’idée d’une telle gratuité est au moins fournie par celle de la grâce, telle que l’a formulée Augustin  vers le milieu du IVe siècle. La grâce : un don divin non proportionné à des mérites, mais tout à fait gratuit. La valeur d’une telle gratuité est réputée infinie en raison de la qualité du donateur supposé.

           

Philippe et Françoise Le Roux

 

Prochain café-philo : jeudi 28 avril à 20 h., sur le thème : Qu’est-ce que le nécessaire ?